Le président George W. Bush a opposé son veto mercredi à un texte de loi étendant la couverture santé pour les défavorisés et les enfants, décision très risquée dont ses adversaires se sont saisis faute de pouvoir lui imposer leurs vues sur l'Irak, a annoncé la Maison-Blanche. C'est seulement la quatrième fois que M. Bush se sert de son veto en presque sept ans de présidence. Cet acte a suscité l'indignation chez ses adversaires démocrates, mais aussi la réprobation parmi certains de ses amis républicains.

Un an avant les élections, ces derniers s'alarment de passer pour des élus ne se souciant pas de la couverture santé des enfants.

Pour les démocrates, qui leur ont ravi la majorité au Congrès, ce veto peut être un aubaine. Ils ont perdu beaucoup de l'estime des Américains en échouant à imposer à M. Bush un retrait d'Irak, comme les électeurs semblaient leur en avoir confié le mandat en 2006.

Malgré la pression continue du mouvement antiguerre, les dirigeants démocrates paraissent avoir fait leur deuil de ce projet.

Et celui ou celle qui succèdera à M. Bush en janvier 2009, républicain ou démocrate, a tout intérêt à rester prudent sur l'Irak au cours de la campagne électorale en cours car il trouvera le dossier en arrivant à la Maison-Blanche.

Les démocrates pourraient ainsi se concentrer sur les dossiers intérieurs.

Or en opposant son veto à la proposition d'étendre un programme social existant, M. Bush va à l'encontre de l'opinion publique.

Selon un récent sondage, 72% des Américains approuvent la proposition de loi qui étendrait le Programme pour l'assurance santé des enfants (SCHIP).

SCHIP, créé en 1997 essentiellement pour faire face au nombre grandissant d'enfants sans assurance dans un pays notoirement connu pour de telles carences, couvre 6,6 millions de personnes, surtout des enfants de familles qui gagnent trop pour prétendre à la couverture de base mais pas assez pour payer une assurance privée.

Les démocrates, mais aussi nombre de républicains, ont approuvé une augmentation de 35 milliards de dollars sur cinq ans pour permettre à quatre millions d'enfants supplémentaires de bénéficier de SCHIP. Cet effort serait financé par une hausse de 0,61 dollar de la taxe fédérale sur les cigarettes.

M. Bush, dont l'image de «conservateur compatissant» a beaucoup souffert, a dit mercredi être attaché à SCHIP. Mais, avec l'extension du programme, un tiers des nouveaux bénéficiaires renoncerait à leur assurance privée au profit de SCHIP, a-t-il dit à Lancaster (Pennsylvanie).

La loi contreviendrait au grand principe de réduction des dépenses de l'État et de son intervention dans la vie des Américains selon lui. C'est là une différence «philosophique» avec les démocrates, a-t-il dit.

Les démocrates se sont saisis de l'occasion. Pour le sénateur Joseph Biden, candidat à la présidentielle, M. Bush «a refusé une couverture santé à 3,8 millions de gamins» alors qu'il «compte dépenser des milliards et des milliards de dollars en Irak».

Mais même des républicains se sont émus, comme le gouverneur de Californie Arnold Schwarzenegger, «profondément déçu» que 775 000 enfants de son État soient privés des bienfaits de SCHIP.

Pour le sénateur républicain Chuck Grassley, «nous devons à présent faire notre possible pour passer outre» à ce veto.

Deux tiers des votes sont nécessaires dans les deux chambres du Congrès pour mettre en échec le veto présidentiel. Cette condition ne paraît pas remplie à la Chambre des représentants, même si nombre de républicains ont voté avec les démocrates dans les deux chambres. (Source : )